Manaraga

Manaraga

Février 2019
978-2-35597-038-2
19 × 13 (à la française) • 256 pages

En coédition avec les Éditions L’Inventaire
Ce livre a été publié avec le soutien de l’Institut de la Traduction Littéraire de Russie.

Description

Années 2050. Grandes migrations, confusion des esprits et des langues, violence. Entre déglingue et high-tech, l’Europe se remet péniblement de deux révolutions islamistes et d’une guerre.
Chaque individu est muni de puces électroniques qui règlent sa vie. L’ère de l’écrit est révolue, les livres papier ont disparu, faute de lecteurs.
Dans ses books’ n’ grills, la confrérie secrète de la Cuisine alimente ses fourneaux aux éditions originales des chefs d’œuvre de la littérature mondiale. Au menu : caïman grillé au Borges, harengs à la Steppe de Tchekhov…
Mais l’avenir des festins bouquinistiques est menacé : un complot se trame dans l’Oural, sur le mont Manaraga.
Maître du grotesque dévastateur, Vladimir Sorokine a encore frappé !

Avec la version française de Manaraga, Vladimir Sorokine est le premier écrivain contemporain inclus dans le programme « La Bibliothèque russe. Les 100 incontournables de la littérature russe », proposé par la Russie, où sont déjà parus Tourgueniev (Éditions Stock), Biély (Éditions des Syrtes), Annenkov
(Éditions Verdier), Alexis Tolstoï (Louison Éditions).

13 mars. Soir : Brochettes d’esturgeon grillées à L’Idiot. Roman
bon poids, 720 grammes, du massif, 509 pages,
papier vélin, reliure pleine toile. A largement suffi pour huit brochettes. Comme convenu, le client et ses sept invités avaient solennellement pris place autour du grill. Pas seulement, bien sûr, pour se convaincre que j’utilisais vraiment l’édition originale comme combustible, un volume à 8 700 livres sterling, que je ne lui avais pas substitué je ne sais quel polard nordique du XXIe siècle, étalant cent cinquante nuances de médio- crité. Ils voulaient de l’art. Ils ont été servis.
Tout était pile poil. Et moi, j’étais au top. Évidemment, il n’y a qu’un book’n’griller averti pour connaître toutes les chausse-trappes qu’il doit éviter dans son job. Ça, c’est notre tambouille interne. Au temps où l’on
imprimait les romans, on usait, comme chacun sait, de différents types de papier. Qui brûlent de diverses façons. Parfois, le feu s’étouffe, parfois il fait des étincelles, du coup les pages flambent et se collent à la viande ou volettent au-dessus de la tête des clients. Nos grills sont équipés de groupes filtrants, qui empêchent le papier de s’enflammer ou de se calciner. Généralement, ils ne servent qu’aux débutants. Un vrai chef doit faire travailler ses mains et sa tête. Les groupes de filtration réduisent la flamme autant que l’ampleur du spectacle. En aspirant l’air, ils rendent les choses moins présentables. Or, le livre doit être éclatant, il doit flamboyer, subjuguer. »

Auteur(s)

Maître du grotesque dévastateur

"À feu vif" par Elena Balzamo,
Le Monde des Livres, 5 avril 2019

Après une guerre planétaire dévastatrice qui a modifié la carte du monde, une société émerge, à la fois violente et raffinée, affranchie de toute morale et avide de jouissance. L’homme nouveau, « augmenté », aidé et manipulé par des « puces intelligentes » raffole des transgressions. Une nouvelle cuisine est née, basée sur l’utilisation, en guise de combustible, de livres rares qu’on brûle devant des convives émoustillés. Elle a ses propres cordons-bleus, et c’est l’un d’eux qui prend la parole et raconte sa vie. La dystopie glaçante de Vladimir Sorokine (né en 1955), pilier du postmodernisme russe, fait penser à celle de Houellebecq, à cela près que, chez le Russe, la « bouffe » remplace le sexe. L’auteur est connu pour son imagination débridée, qui ne sert pas toujours son propos. Il n’empêche : cette parabole de la culture partie en fumée fait réellement frémir.